1) Qu’est-ce que le SDP ?

Le syndrome de déficience posturale, dénommé actuellement Syndrome de dysfonctionnement proprioceptif, a été décrit dans les années 80 par deux médecins portugais (Dr. DA SILVA, Ophtalmologiste et Dr. DA CUNHA, médecin ré-éducateur fonctionnel). En France, c’est le docteur Quercia, ophtalmologiste, qui a développé le mode de prise en charge lié à ce syndrome assez fréquent (on estime que 10% de la population environ est touchée). TIDYS_001.jpg Il résulte d’une difficulté de fonctionnement entre divers récepteurs du corps (yeux, pieds, dents, muscles et leurs tendons, oreille interne) qui renseignent en permanence le cerveau sur notre position dans l’espace. Le cerveau qui n’est pas correctement informé ne peut pas à son tour contrôler convenablement les muscles, ce qui entraîne un dérèglement de la posture.

Le SDP s’exprime par divers symptômes comme les difficultés d’apprentissage scolaire (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, difficulté de capter plusieurs informations en même temps) et / ou physiques (douleur de dos, des membres, maladresse)

Comme ces symptômes touchent des organes très divers, ils sont rarement attribués à une cause unique : en effet, quoi de commun entre une pseudo-hyperactivité, des céphalées, un mal de ventre récurrent, une énurésie, une fatigabilité anormale, des pieds toujours froids, un torticolis, une maladresse ?

En fait, les capteurs de la posture sont disséminés dans tout le corps humain : leur fonctionnement anormal va donc se traduire par des signes très divers qui coexistent dans plusieurs endroits très différents, ce qui est très déroutant pour celui qui en est atteint (il n’est jamais « bien ») et pour son entourage, qui peut vite penser à une simulation ou à des troubles d’ordre psychologique.

2) Comment reconnaître un SDP chez les enfants ?

TIDYS_002.jpgUn SDP s’exprime sous diverses formes selon les individus, ce qui n’en facilite pas le diagnostic. Néanmoins, on retrouve très fréquemment des difficultés d’apprentissage scolaire, des céphalées inexpliquées, des troubles de la concentration, de la mémorisation, de l’apprentissage de la latéralité, de la localisation spatiale. De plus, les enfants ne se tiennent pas « droits », chutent souvent ; sont maladroits ; on les considère comme étourdis, inattentifs. L’enfant va souffrir d’une multitude de gênes diverses qui aboutissent à un malêtre permanent ; si votre enfant se plaint souvent (et bien en deçà de ce qu’il ressent), il faut savoir qu’il n’est pas paresseux, qu’il est normalement intelligent, qu’il ne cherche pas à faire « le malin », qu’il ne cherche pas à vous ennuyer ni à faire l’ « intéressant » ; mais ses difficultés sont bien réelles et non feintes. A noter qu’à l’inverse des adultes, les douleurs physiques du corps (dos, cou, genou, pied) sont rarement présentes ou sont discrètes chez les jeunes enfants.

Attention ! Avant de diagnostiquer un SDP,Il faut s’assurer qu’il n’y a pas de cause médicale à ces troubles.

3) Pourquoi traiter un SDP ?

Si le traitement du SDP ne guérit pas de la dyslexie, ni de l’ensemble des troubles évoqués ci-dessus, il peut considérablement aider l’enfant, en particulier sur la qualité de son écriture, la vitesse de lecture, la compréhension du langage écrit et oral, la concentration, la mémorisation, la rapidité à faire ses devoirs*. La prise en charge orthophonique est facilitée, mais elle n’est en rien supprimée.

4) Comment va-t-on intervenir ?

Tidys souffre d’un SDP et il est très mal. En tout premier lieu, le médecin traitant va éliminer un problème de santé. L’enfant sera ensuite dirigé vers un ophtalmologiste spécialement formé à la détection et au traitement du SDP, qui réalisera un examen spécifique et prescrira des lunettes à prismes. Quand l’enfant aura porté ses lunettes pendant 2 semaines au minimum, il ira consulter un podologue spécialisé en troubles de la posture. Eventuellement, il devra voir un orthodontiste, un kinésithérapeute ou un ostéopathe.

5) En quoi consiste le traitement ?

TIDYS_003.jpgLe traitement consiste à modifier les principaux capteurs de la posture (yeux, pieds, dents, chaines musculaires vertébrales) afin de redonner à l’enfant des informations cohérentes entre son corps et l’environnement. Il sera réalisé à l’aide - de lunettes particulières qui modifient les informations visuelles, - de semelles dites « de posture », différentes des semelles orthopédiques conventionnelles, qui agissent sur la perception du sol par les pieds, - d’exercices dits de remédiation posturale ; qui peuvent être - statiques : utilisation d’un pupitre orienté à 30°, utilisation d’une cale permettant aux pieds d’être posés bien à plat, respect d’une position d’endormissement, utilisation d’une position équilibrée. - dynamiques : déroulement des pieds lors de la marche ; réalisation de respiration abdominale faisant intervenir la mobilisation du diaphragme pour favoriser la détente musculaire et l’endormissement.

6) L’ophtalmologiste :

Après avoir éliminé une maladie neuro-ophtalmologique, il va déterminer le type de SDP dont est atteint l’enfant ; puis il va tester et ensuite prescrire des prismes posturaux dont le but est de décontracter certains muscles qui commandent la motricité des yeux (muscles appelés « obliques inférieurs » ou beaucoup plus rarement muscles « droits latéraux ») et qui sont particulièrement incriminés dans les troubles de la posture. Ces prismes vont donc modifier la perception de l’espace. Certaines améliorations sont quasi immédiates et mises en évidence lors de l’examen, mais l’effet des prismes ne sera durable qu’après plusieurs mois de port régulier de lunettes.

7) L’opticien :

Il est important de choisir un opticien diplômé et connaissant bien le SDP. En effet, le réglage des lunettes prismées est différent de celui des lunettes ordinaires, et ce réglage doit être très strict et très précis. Il est d'ailleurs recommandé de le faire contrôler tous les 15 jours, ou dès que l'enfant a une quelconque doléance par rapport à son confort visuel. Seul l'opticien sera apte à vous aider à choisir une monture, toutes n'étant pas adaptées aux lunettes avec prismes posturaux. Il faut compter un délai d'environ 8 à 10 jours pour la commande des verres. L’opticien va réaliser des verres spécifiques, en fonction de la prescription de l’ophtalmologiste et donc du typage du SDP.

8) Le podologue :

Sa consultation s’effectue après le port de prismes (15 jours minimum) et se déroule en plusieurs étapes :

- l’interrogatoire fait le point sur les diverses plaintes du patient - un examen minutieux de la tête aux pieds parfois complété par un enregistrement sur système informatique (plate-forme de force) afin d’apprécier la régulation de la posture. L’ensemble de l’examen est indolore mais s’avère être assez long (de ¾ d’heure à 1 heure). De nombreux tests non invasifs sont réalisés afin d’évaluer la mobilité de diverses parties du corps ainsi que certains réflexes, la finalité étant de mettre en évidence le défaut de régulation du tonus musculaire et d’apprécier la possibilité d’intervenir par l’intermédiaire de semelles qui modifieront les appuis plantaires.

Chez les enfants présentant un SDP, de mauvaises positions des pieds, des genoux, du bassin ou des épaules sont retrouvées ; le manque d’équilibre sur un pied est très fréquent et engendre des retentissements sur le reste du corps. La consultation permet de définir la constitution de semelles posturales spécialisées (caractérisées par une très faible épaisseur n’excédant pas 3 mm sur les reliefs) portées quotidiennement dans leschaussures. Leur finalité est d’harmoniser les appuis plantaires. Des contrôles réguliers seront nécessaires car les semelles peuvent devenir mal positionnées dans les chaussures, se déformer, être inversées (ce n’est pas si rare) ; enfin, avec la croissance, elles peuvent devenir trop petites.

9) L’orthoptiste :

En cas de difficultés de convergence, de mauvaises stratégies de poursuite oculaire ou de retour à la ligne, une rééducation orthoptiste pourra être nécessaire; mais elle sera de courte durée (20 séances maximum) pour redonner une motricité oculaire efficace et confortable.

10) L’orthophoniste :

Le travail orthophonique reste inchangé, mais son approche est différente car elle prend en compte les dysfonctionnements proprioceptifs (c’est-à-dire liés à la régulation de la posture) ; la rééducation sera facilitée par le fait que l’enfant peut mieux se concentrer, qu’il bouge moins, qu’il comprend et mémorise plus vite, que la qualité de la lecture et de l’écriture est nettement améliorée. Il faudra toutefois veiller à ce que la rééducation se fasse à l’aide d’un pupitre orienté à 30° et d’une cale sous les pieds. Comme elle voit l’enfant toutes les semaines, l’orthophoniste veillera à s’assurer que l’intégralité du traitement est bien suivie et encouragera l’enfant à poursuivre une prise en charge longue et parfois lassante. Si la rééducation stagne, elle s’assurera que les exercices, en particulier respiratoires, sont bien effectués régulièrement et/ou demandera une vérification du réglage de l’appareillage (lunettes, semelles).

Si Tidys ne fait pas ses exercices, il retourne à la case « départ »++ TIDYS_004.jpg++

11) Quels peuvent être les progrès de l’enfant ?

Les progrès peuvent être parfois immédiats et spectaculaires ; mais si l’enfant ne fait que porter ses lunettes, les progrès vont rapidement stagner

12) Quelle durée peut avoir le traitement mis en place ?

Si l’enfant porte bien ses lunettes, ses semelles, s’il fait bien régulièrement ses exercices, on peut espérer que la durée de traitement sera de 4 ans environ.

Seule une prise en charge globale de ce syndrome global permettra à l’enfant une amélioration substantielle et durable.

13) Le SDP, est-ce héréditaire ?

Madeleine Quercia a étudié les familles d’enfants dyslexiques, et a montré que si l’enfant dyslexique avait un SDP, tous ses frères et soeurs en étaient atteints à des degrés divers, parfois infra cliniques (c’est-à-dire sans aucune traduction décelable dans la vie de tous les jours).

14) Vers qui se diriger pour en savoir plus ?

Il existe actuellement l’association AF3DYS, 15 rue du Clair Matin, 21200 BEAUNE ou AF3dys@neuf.fr.

Prochainement, un site internet Tidys.com sera à votre disposition afin de répondre à toutes vos interrogations. TIDYS.jpg Tidys va aider votre enfant à lui faire comprendre qu’il est différent, Et que c’est une force d’être différent

Ont collaboré à cet article :

Christine BLETOUX ~ Opticienne

Frédérique HUVER ~ Ophtalmologiste

David LECLERC ~ Podologue

  • P. Quercia, C. Binquet, P. Métral,. Auto-évaluation des résultats du traitement par modifications posturales et proprioceptives chez le dyslexique. Etude sur 185 cas avec un recul de 12 à 18 mois. Dysfonctions motrices et cognitives. Masson Ed. Paris 2007.